A une époque où l’automobile faisait preuve d’ambitions sportives, la conduite se muait souvent en pilotage. Les mentalités ont évolué : ni en bien, et ni en mal. Elles ont changé parce que nos habitudes et nos modes de vie se sont transformés. A chaque époque sa GTI, et à chaque époque ses envies. « C’était mieux avant », clament certains nostalgiques. Ici, nous leur rendons hommage, nous nuancerons leurs propos pour proposer une clé de compréhension de ce qu’est la mode GTI, et ce qu’elle est devenue.

Pour comprendre au mieux comment s’est formée l’effervescence autour de la 205 GTI, il fallait revenir aux origines et voir quels attirails étaient prévus pour plaire. En fait, c’est comme lorsqu’on goûte un gâteau. Pour comprendre ce qu’on aime, il faut avoir la recette.

La recette : dossier de presse 205 GTI 105cv, 1984

Pour évoquer la sportivité, il faut aussi la montrer. Imaginez un sportif qui ne présente pas de muscles et son équipement spécifique à sa pratique : le ramage doit s’accorder avec le plumage. Quelles particuliarités forment l’équipement de sportive ? Faisons une plongée dans le dossier de presse de la 205 GTI de 1984, première du nom.

L’essentiel est dans l’inapparent

D’abord, les ingrédients techniques du premier crû de la GTI par Peugeot sont :

  • Une structure 3 portes qui ne voit pas son habitabilité baisser, ni son encombrement extérieur augmenter,
  • Un moteur à injection électronique de type L Jetronic,
  • Une boite à cinq rapports dont les trois premiers sont courts, assurant alors de très bonnes accélérations,
  • Une liaison au sol spécialement étudiée pour un usage intensif,
  • Des « équipements extérieurs et intérieurs adaptés à sa vocation », que l’on abordera après.
Une documentation précise, valide pour les 1.6 105cv bien entendu, mais montrant les préoccupations des bureaux d’étude de l’époque. (Archives Peugeot)

Ce qui permet donc d’obtenir :

  • Une Vmax à 190 km/h
  • 400m DA : 16,7 s.
  • 1000m DA : 31 s.
  • 0-100 km/h : 9,5s.

Et en consommation :

  • 5,6 l/100 km à 90 km/h
  • 7,3l/100 km à 120 km/h
  • 8,7l/100 km en cycle urbain
  • 7,2l/100 km de moyenne.
Capture
« Les principaux éléments spécifiques sont : les deux portes, les ailes arrière avec leurs panneaux de custode et leurs doublures […] »

[pullquote_left] »La GTI se caractérise par une structure trois portes »[/pullquote_left] On dirait que, finalement, c’est le châssis trois portes qui est plus distinctif qu’aucun autre élément. Nous nous sommes aperçus que la GTI amorce la commercialisation de la 205 3 portes, alors réservée pour les voitures d’auto-école et les voitures commerciales. On comprend mieux pourquoi on insiste sur le châssis trois portes. C’est néanmoins un signe : la GTI se caractérise par une structure « trois portes ».

L’habit fait le moine, et inversement

[pullquote_right] »La face avant contribue à la distinction du modèle basique »[/pullquote_right] On va alors concevoir un nouveau « déflecteur avant » (une jupe, un bouclier, comme vous voulez) assorti à son homonyme arrière. Le but est de cacher le train avant, élargi, et d’intégrer la paire de longues portées. Ainsi retouchée, la face avant contribue à la distinction du modèle basique. Autre élément plus discret, le becquet arrière collé (ou vissé selon les années et les évolutions) sur la lunette arrière. On le laissera de côté pour nous pencher sur des éléments plus visibles, plus probants qui ont été un ajout réel à l’allure de la voiture. Dans cette catégorie de composants qui on marqué, on citera :

  • La « protection latérale en polypropylène » ceinturant la caisse, relevée par des baguettes rouge,
  • Les décorations de custode,
  • Un tableau de bord et les indicateurs rajoutés : pression et température d’huile, température d’eau,
  • Les sièges assurant un bon maintien latéral, utile dans les attaques rapides sur route sinueuse,
  • La moquette rouge, rappelant l’ambiance extérieure, les sièges et panneaux de porte.

Voici donc une liste d’éléments typiques présentés dans le dossier de presse, en 1984. Il s’agit donc d’une voiture polyvalente donc la plage d’utilisation est étendue, promettant ainsi une souplesse d’usage où le moteur n’a pas besoin d’être haut dans les tours pour avoir du répondant : il commence à être disponible tôt, pour l’être totalement à 5000 tours par minute. Quant au confort, il est astucieusement placé dans une caisse précise et un habitacle vivable. Un beau mix, que l’on analysera ensuite selon la première brochure de la GTI de 1984 pour voir quels sont les éléments mis en avant, et qui font de la 205 GTI la définition même de l’esprit GTI par Peugeot.

Où est l’esprit GTI ? Brochure de lancement modèle, 1984.

A la place d’esprit, cela aurait pu être philosophie, ADN, gênes, racines, fibre, squelette, fondation… Tout mot qui définit une construction est bon. Parce qu’autour de la 205 GTI s’est construit un mythe et un modèle que l’on s’efforce de cloner, mais sans avoir bien pris le temps de saisir les éléments qui l’ont rendue incontournable, gravée dans la culture collective.

[pullquote_left] »Trois lettres qui désignent une formule un peu sorcière d’alésage, de course, de couple et de taux de compression, enfermée dans une fabuleuse orfèvrerie d’acier, de cuivre et d’aluminium. Le plein de super puissance… »[/pullquote_left] On parle alors de puissance et d’efficacité, de promenades nocturnes, d’un relationnel fort avec la voiture où l’on conduit, et on se conduit. Double relation forte entre le pilote et sa monture, discrète et distinguée pour tout « coureur de fond amateur de solitude« .

La brochure traite de ce relationnel entre le pilote et la GTI où l’on dépasse ses limites, tout en mettant l’accent sur la sensation produite. L’esprit GTI, c’est donc une histoire de sensations, de relation et d’exclusivité : les autres ne pourront pas suivre. On parle moins de l’esthétique extérieure mais davantage des sensations produites…

Une association qui fonctionne

Néanmoins, c’est une recette complexe. Dans le trafic, on reconnait la 205 GTI par ses baguettes rouges. Mais c’est parce que ces mêmes baguettes évoquent quelque chose d’autre. Imaginez une 208 HDi : lui rajouter du rouge n’en fera pas une GTI, parce que nous savons que, sous le capot, il n’y a pas de foudre de guerre.

[pullquote_right] »Exprimez-vous ; la mécanique vous suivra jusqu’au bout de vous-même. C’est du sérieux, du sûr… une petite merveille technologique signée Peugeot. »[/pullquote_right]

Le look de la GTI appelle à sa sportivitié, cachée sous le capot. Faites le test avec des gens qui ne sont pas initiés : ils vont vous dire que « ce n’est qu’une 205, ça n’avance pas ». Et vous allez leur dire qu’il y a un moteur puissant caché derrière la calandre. Et qu’on reconnait ces 205 spéciales par leurs bandes rouges. Ils vont changer d’avis.

« L’habit ne fait pas le moine » : le sportif aura besoin d’un survêtement, mais aussi de muscles, cachés. Un gros aileron ne suffit pas, il faut en avoir l’utilité. La 205 GTI propose un équilibre entre son allure générale et ce qu’elle fournit sous le capot.

Conclusion : Sportive, mais polyvalente

Une GTI, c’est donc un moteur, et un look à part. Un look reconnaissable qui inspire la sportivité tout en demeurant polyvalente. Les bacquets des 206 et 207 RC ne sont pas des éléments assez vivables tous les jours. Revirement chez Peugeot avec la 208 GTI, qui tire davantage son épingle du jeu. Cette dernière nous attire davantage, parce qu’elle regarde davantage en arrière, vers ses origines, tout en proposant autre chose. Un « autre chose » à la mode et conforme aux normes et aux nouvelles mentalités.  Elle méritera un traitement particulier dans un dossier, un jour…

On dira que la 205 assurait une polyvalence d’utilisations où le moteur pouvait s’exprimer dans toutes les circonstances. Son habitabilité et son confort se plaçait dans la veine « haut de gamme », tout en proposant une relation privilégiée entre son propriétaire et les routes du quotidien. Ces mêmes routes qui se transformaient en terrain de jeu lorsque le moteur prenait des tours, et que le pilote prenait plaisir à se conduire, et à se conduire mal, exacerbant la bête et jouant avec ses limites. GTI, l’esprit de la conduite dans les limites, l’esprit « bad boy » qui a du répondant, et qui ne se laisse pas faire.