Tout va vite. C’est un constat général et généraliste, qui demeure incomplet. En tant que passionnés de la vie automobile, nous voyons les choses par le prisme des voitures. Le fait que « tout aille vite », ça nous connait. Dignes héritiers de la tradition GTI, de la vie sportive et de la conduite aux limites de l’extrême, nous allons nous pencher sur l’évolution du style appliqué au domaine de l’automobile, particulierement de Peugeot. Nous irons comprendre comment se génère l’esthétique automobile et ce qu’elle dit sur notre époque, entre nostalgie et originalité.

Le style a-t-il une date limite ?

Une voiture est avant tout un moyen de déplacement, mais elle a besoin d’être vendue. Pour ce faire, il faut toucher les personnes, en faire un objet de désirs, capter et créer des émotions. C’est comme une rencontre « coup de foudre » : on s’imagine vivre avec, construire une famille, vivre dans un château, être heureux. Une voiture, c’est pareil : on se projette à son bord, des kilomètres parcourus pour aller voir la mer, la mère… (et le père, à l’église un après-midi de juillet…)

Nous sommes donc tous d’accord pour dire que le style, c’est le plumage qui légitime le ramage. Il faut encore se demander pourquoi on a besoin de parachever un objet de désirs en le modifiant par ce rituel du restylage ou un nouveau modèle. On économise des années pour s’acheter sa voiture répondant à des exigences de modularité, d’utilisation (et une voiture qui a de la gueule !), et ce même objet de désirs porte en lui une date limite d’utilisation : supplanté par une nouvelle version restylée, ma 508 n’a plus la même valeur sentimentale, sa valeur à la revente s’effondre. Cette valeur s’effondre mais les performances, les qualités routières demeurent.

Puis, vient la deuxième étape après le restylage « mi-vie ». La 308 I est remplacée par une 308 II dont on vante de nouvelles qualités, et, surtout, une toute nouvelle esthétique. Ma 308 devient moins banale et moins révolutionnaire, la nouvelle propulsant l’ancienne génération dans le passé. Ses qualités deviennent banales, moins uniques, communes alors que la nouvelle version propose des avancées révolutionnaires et uniques sur le segment : la forme stylistique, nouvelle, renverse les standards établis.

Tout changer, au nom de l’originalité

Ces mêmes lignes, ces performances ont été perfectionnées au nom d’une seule idée : celle de l’originalité. On mettra de côté l’aspect mécanique qui, lui aussi, a une date limite et est dimensionné pour ne pas durer dont l’électronique réclame son « coup de valise » annuel. Non, ici c’est le style en lui-même qui nous intéresse, et c’est dans ces batailles au nom de l’originalité d’un modèle que nous allons analyser en prenant d’abord le pied des idées de base dans cette première partie. Cette même base que nous utiliserons pour étayer notre analyse dans une deuxième partie. Puis dans une troisième nous nous projetterons en avant dans le futur pour énoncer les futurs enjeux du style. A chaque fois, l’analyse sera portée et appliquée à Peugeot, en partant de la génération 205 et de montrer comment sa conception s’est retrouvée (ou non) dans les traits, dans la façon de concevoir les Peugeot qui ont suivi.

L’image d’un véhicule passe donc par le besoin de créer un style original au véhicule. Et quand on écrit « originalité », on pense à « origine ». Finalement, le style est toujours à la recherche d’une origine, caractérisé par un idiome. Par idiome on veut dire un « moyen de communication ». Le style, c’est l’idiome, le moyen de communiquer une originalité et une quête vers une origine.

La quête d’une originalité, en puisant dans les origines justifie la tendance qu’ont les constructeurs à se tourner vers leurs anciens modèles pour trouver l’inspiration originale. Or, cela suppose des ruptures de style très nettes avec ce qui s’est fait avant : le style de la dernière Golf a toujours évolué en contenant les ruptures de style. Les BMW gardent leurs ailes (ou leurs haricots, en fonction de vos préférences dénominatives) et les font que très peu évoluer. On ne va pas tourner autour du pot : chez Peugeot on note très souvent des ruptures de style, des refontes de calandre et des changements d’emplacement du Lion. C’est donc une autre histoire…

Origine, originalité : les risques, made in Peugeot

Le style Peugeot à travers l’histoire de la marque, il nous parait compliqué. Alors on se lance un défi, de taille. On va partir de l’arrivée de la 205 en tant qu’élément charnière dans la vie de la marque. Mais d’abord il va falloir baliser notre enquête en posant comme guides les différents responsables du style qui se sont succédé. On a donc préparé une première version d’un diagramme (c’est le premier, c’est pas beau, et c’est sûrement bourré de fautes : à vous de nous les donner en commentaires et on rectifiera le tir). Chaque modèle prend la couleur du directeur du style de l’époque. En vert clair on a mis l’influence Pininfarina, mais il doit manquer ici aussi des informations. On compte sur vous !

La chronologie des modèles montre comment certains se chevauchaient sur quelques années au sein d’un même segment.

La ligne des concept-cars est à terminer, et à approfondir dans la suite de notre aventure. En effet, les tendances esthétiques données par les concept-cars, ces engins qui, à la différence d’un véhicule de série, n’associent pas les contraintes stylistiques et mécaniques dictées par les lois de la grande série. Une voiture commercialisée doit répondre à des exigences voulues par les études de marché, ou de la faisabilité d’une forme esthétique et de la cohérence, ou de la fiabilité du moteur par exemple. Le concept car est donc typiquement un exercice de style où l’on s’affranchit des codes techniques. Ces concept cars, ils sont dirigés par l’équipe du bureau de style Peugeot, dont la ligne directrice est ébauchée par son directeur de style. A chaque directeur, sa vision particulière du Lion et lui donnant une patte différente, donnée dans notre frise chronologique. On cherche d’ailleurs à la continuer dans le passé : si vous avez des informations sur Paul Bouvot et son équipe de 10 personnes au sein du bureau du style extérieur nous sommes preneurs. Après Boulot c’est Welter qui reprend le flambeau et définit les codes de Peugeot jusqu’en 2007. Gallix prendra la suite mais ne convaincra pas : Gilles Vidal le remplacera en 2009 de manière assez radicale alors que la 508 est en cours d’étude : l’évolution croissante des bouches béantes ne plaisait plus. Gallix prépara alors le concept 308 RCZ, à mi-chemin entre proportions respectées et équilibre des lignes. Comprenez que la bouche béante doit disparaitre, après des années d’étirement de la face avant.

A chaque époque son concept, donnant une ligne de conduite pour tous les modèles qui suivent. Si certains se ressemblement et apportent une cohérence rassurante dans un même style, d’autres concepts sont venus insulfer un vent nouveau dans les recherches.

Un univers à découvrir

Nous allons continuer cette plongée dans l’habit du Lion, et découvrir ensemble l’évolution qu’il y a pu avoir. Il faudra alors que l’on confirme notre première idée : l’originalité se puise dans la redécouverte des fondements amorcés il y a plus de 30 ans, en passant par la 205 ou par d’autres modèles antérieurs encore.

Et ca tombe bien, cet été les concept-cars sont à l’honneur au Musée de l’aventure Peugeot, à Sochaux. L’occasion pour nous de dresser prochainement un premier bilan, dans une deuxième partie de notre étude.